L'actualité

Un gars de la côte à Poul Fetan.

 

 

  Maître Sébastien avec ses deux stagiaires, Marion dit marionett et Madeline dit margolett, embarquent Daniel à Rosporden, moi à Trévignon, Josiane au Minaouet. Le reste de l'équipage, à savoir Claude, Yann et l'expérimenté Louis, rejoignent le bord à Trégunc. Les vivres sont rangées, tout le monde est à son poste, une bonne humeur mêlée de concentration flotte dans cette atmosphère de départ.

« Largue » s'écrie maître Sébastien : nous voilà partis. route pêche. Durant le trajet, le patron nous parle de cet endroit nommé Poul Fetan. « C'est isolé, les conditions y sont difficiles, mais on y rencontre des espèces nobles telles que les lavandières, le laboureur, le potier, le tavernier, la fileuse, l'ingénieur de maison, la fabricante de beurre, en un mot comme en dix : tout un village. » « Nous commencerons par travailler dans le creux » dit il, avec un petit rictus de joie aux coins des lèvres. Yann, qui a déjà fréquenté ce lieu, se trémousse sur son fauteuil.

Avant le début des travaux, c'est la pause déjeuner. Margolett nous chante une chanson. C'est un devoir qui incombe aux stagiaires : une règle fondamentale. En rejoignant le creux, petit arrêt sur la machine à broyer la lande. Louis fait appel à son expérience ; il nous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître. A cette époque, il coupait la lande dans les champs afin de nourrir les chevaux.

On vire le chalut : c'est pas mal. On prend position dans le bas fond, les engins de pêche sont ouverts au maximum. Le doux clapotis de l'eau est recouvert par la clameur de deux commères qui descendent toutes guillerettes vers ce trou d'eau appelé lavoir. Ce sont des lavandières, une race pratiquement disparue. Elles se vendent bien sous la criée. Pour commencer à laver il faut du savon et elles n'en ont qu'un pour deux. Misère de misère, comment vont-elles faire ? J'ai la solution, nananère. Grâce au couteau du gars de la côte, le savon est coupé en deux. Ouf, on a eu chaud. Les lavandières s'agenouillent, le travail commence mais les commérages aussi !!! Les yeux de yann s'écarquillent, les oreilles en mode réception : le plaisir est là.

 

 

 

 

  L'heure de virer sonne, sourire de maître Sébastien : la « pochetée » est bonne. Notre lente remontée débute. Nous allons voir le laboureur avec son postier breton : un beau cheval de huit cents kilos. Ils laboure une parcelle, à la terre déjà meuble : très facile pour cette bête puissante à la queue coupée. Il est interdit de couper la queue des chevaux depuis quelques années, elle sert à l'équilibre, à protéger leur arrière train des insectes.

De nouveaux on vire : correcte, sans plus. On se dirige vers la « hauteur ». La Philomène nous y attend pour la fabrication du beurre. Derrière moi, j'entends Louis qui explique qu'il faut essayer de garder un même rythme dans sa gestuelle. Ce litre de crème dans ce pot en terre cuite donne, environ, deux cents cinquante grammes de beurre et un peu de lait ribot. Son beurre salé sur du pain : un vrai régal !

Une nouvelle fois on vire : ça va. On redescend un peu. Sur la place, la fileuse nous montre le filage avec une quenouille et avec un rouet.

On vire : bof. On se déplace plus à l'ouest. Là on retrouve l'ingénieur de maison qui fait des crêpes, sur un feu de bois. Dans cette maison, milieu dix neuvième, elle nous explique différentes choses. Elle nous parle du grain qui sert d'isolant au dessus de la cuisine, des priorités et prioritaires à table, des mariages où les tables étaient le sol délimité par des tranchées dans la terre, des mendiants qui faisaient partie automatiquement de ces fêtes, de la petite cuillère en bois que l'on offrait à sa promise. Elle évoque le temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître. De plus, ces crêpes avec le beurre de la Philomène : miam-miam !

On vire : jolie trait. On continue dans le prolongement. On fait une petite visite des costumes de l'époque. Heureusement que les stagiaires étaient là ! On vire : ça ne paye même pas le gasoil. On remonte un peu. On est avec le potier, son four crache sa fumée mais pas les informations. On vire : c'est la Bérézina. Maître Sébastien donne le signal du départ. Avant de quitter la zone, Daniel et moi mangeons une dernière crêpe (c'est pour la route). Tout en faisant route terre, il nous dit « c'est une marée qui devrait le faire ». Ne sollicitant de votre haute bienveillance aucune indulgence, le gars de la côte vous salue respectueusement.