L'actualité

35 000 matelots et une pomme à Paris...

Un rendez vous nous est donné à trois heures, sur le parking du carrefour, à Quimper le 29 mars 2008. Des grains pimentent cette nuit sans lune ; une lumière blafarde provenant de lampadaires, disposés tels des amers, éclaire ce départ pour Paris en car.

René (mon beau-frère) porte un élégant sweet aux couleurs de la S.N.S.M et tient un langage de circonstance " en mer la snsm sauve les gens en danger, à terre des personnes sont en détresse, à cause d¹un handicap ou d¹une maladie invalidante, et le gouvernement les ignore ".

Jean Luc largue devant : c¹est parti. Il pleut. La route sera longue.

Après une dernière vérification de l¹équipage par Jean Luc, de simples chuchotements parviennent à mes oreilles sensibles et délicates. Puis le silence nous enveloppe tel un linceul. Le soleil ne se lèvera que dans trois heures. Le jour est là et le brouhaha des conversations me transporte sur les rives de la revendication, loin du pays aux larmes de pierre que l¹on nomme fin de la terre. Plusieurs arrêts me permettent de rencontrer des membres appartenant à d¹autres équipages.

Enfin, me voilà parvenu à la capitale, les yeux chargés de sel et avec mon couteau dans ma poche.

Nous sommes dans Paris et marquons une pause de trente minutes pour former un convoi de onze cars. Il est décidé que nous traverserons une parti de Paris à cinquante kilomètres heure, feux de détresse allumés et sans s¹arrêter aux feux rouges : il faut forcer le passage...

Quelle traversée : un grand moment de l¹histoire de France !

Nous partîmes onze cars et par le prompt renfort d¹une circulation intensive, nous arrivâmes à trois cars à cinquante mètres de la place de la république. Là on attend dans le car. J¹en profite pour manger. Je vois passer Monsieur le directeur, roulant à tombeau ouvert tel le preux chevalier qui va tenter d¹extirper sa belle des griffes du dragon. Cet empressement m¹a tout décoifféŠ OH MON DIEU !

Nous rejoignons la manifestation.

Je sors mon drapeau breton et roule ma poule. Le groupe de l¹ouest est au début du cortège. Pour y aller je tire des bords et quand la foule est trop compacte, René donne un vigoureux coup de sifflet pour qu¹elle s¹écarte comme l¹ont fait, jadis, les eaux de la Mer Rouge devant Moïse. Nous remontons toujours et encore. Seul Yves Marie poussant Jean Luc reste dans notre sillage Je vois des gwen a du devant nous et la police qui nous filme.

Soudain, j¹aperçois à tribord le sultan Farid et son harem, je lui présente mes respects. Maintenant le bosco de l¹APF 29, Dame Lili, avance en notre compagnie, on progresse rythmé par des slogans tels que " ni pauvre ni soumis " ou " Sarko des euros Fillon du pognon ". Puis Dame Lili sort une pomme de son sac en laine. Elle est jaune avec une partie rosée, maculée de filaments rouges. Le jaune de la colère, celle qui a mûri artificiellement avec le bain destructeur de la pauvreté. Le rose d¹une demande qui date un peu malheureusement: avoir un véritable revenu d¹existence, celui qui nous permettra d¹être de véritables acteurs de la société. Le rouge des exigences, celles qui amélioreront notre quotidien grâce au meilleur cumul des revenus de remplacement avec un revenu professionnel, grâce à des droits " plus ouverts ".

La pomme n¹existe plus mais les revendications restent...

Il est seize heures et nous sommes place de l¹Opéra. Le temps est venu de regagner notre car. Il est dix sept heures et nous faisons ­route terre-. Je mange mes biscuits au chocolat et je me pose des questions. Pourquoi des slogans, lancés par la sono de devant, ne sont pas entendus par nombre de manifestants ? A-t-on suffisamment insisté sur l¹urgence des situations ? Quelle attitude doit on adopter après cette manifestation car, même si celle-ci est un succès, elle ne règlera pas tout ?

Il est une heure trente ce dimanche matin et nous arrivons à Quimper. Il pleut. Mais la pluie ne mouille que les cons.